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SOtNTIA

FNIVERSITY OF MlClilUAi^

HENILY VIGNAUD

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ESQUISSE

DTNE HISTOIRE DE FRANCE

BSQUlBtB Btnr. DB PSAUCB.

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EUGÈNE CAVAIGNAC

ESQUISSE

DUNE

HISTOIRE DE FRANCE

HBE-«

PARIS

NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE

85, RUI DE RBNNB8, 85 1910

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"VMyyvAjLAjl ^K^^

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àYERTISSEHENT BIBUOGRAPHiaUE

Je ne voudrais pas que ce travail apparût comme une simple fantaisie historique. Je vais donc indiquer les quelques règles (je n'irai certainement pas jusqu'à pro- noncer le mot de méthode) que j'ai suivies en le rédi- geant.

J'ai pris pour point de départ l'Hûfoire de France qui achève de paraître en ce moment sous la direction de M. Lavisse. Il était naturel de considérer comme repré- sentant, d'une manière complète et exacte, l'état actuel des connaissances, un travail aussi récent, fait par des hommes aussi qualifiés. Pour les dernières années de l'ancien régime, la collection de VHistoirede France racontée à toas^ m'a rendu un service analogue (Stryenslri, Le Dix-huitième Siècle), et, pour la période qui suit 1789, les chapitres de YHistoire générale de Lavisse et Rambaud relatifs à la France, bien que la valeur en soit un peu plus inégale que celle des diffé- rentes parties de YHistoire de France. Enfin, je me suis aidé également de l'encyclopédie semblable parue en Angleterre (LordÂcton, Cambridge Modem History).

1. Dans laquelle j*aTai8 déjà mis à profit le lirre de M. BatU&l sur Le nieh de la Renawanu,

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VI AVERTISSEMENT BIBLIOGRAPHIQUE

On verra bien que ces traités généraux ont été partout présents à mon esprit, bien que je n*aie pu songer à le rappeler constamment. Néanmoins, je dois avertir qu'en beaucoup d'endroits je n'ai fait que rédiger ici des notes prises depuis plusieurs années, et que, dans maints récits, dans maints jugements, le lecteur croira peut-être voir des imitations, il n'y a que des coïncidences dont je me suis d'ailleurs félicité. Tant il est vrai que certaines conclusions sont « dans l'air » à un moment donné, et que la connaissance des recherches de détail y conduit naturellement tous ceux qui risquent une synthèse. Fait consolant, et de nature à atténuer fortement le scepticisme l'on est parfois tenté de s'arrêter quant aux a: verdicts de l'histoire ». Naturellement, je ne me suis pas cru dispensé de lire et de relire les livres antérieurs aux deux ou trois ouvrages généraux que je viens de mentionner, par exemple VHistoire de France de Ranke, LEurope et la Révolution de Sorel, etc. etc. Mais je n'ai pas cru devoir mentionner les travaux déjà utilisés par les auteurs des- dits ouvrages généraux, sauf quand je les citais tex- tuellement. On ne s'étonnera donc pas de ne m'entendre parler ni des études de M. Diehl sur Byzance, ni de celles de M. Longnon sur la Gaule, ni de celles de M. Langlois sur le Parlement et les États, ni de celleisde M. Fagniez sur Henri IV, ni de tous les travaux parus sur la Révolution, sur Napoléon^ sur la guerre de 1870, ni de tant de livres enfin qu'on verra assez que je connais bien. Je n'ai fait exception que pour certains ouvrages comme ceux de Mahan, qui, bien que déjà assez anciens, sont peu connus en France, et ne figarent

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AVERTISSBMENT BIBLIOGRAPHIQUE VII

même pas dans les indices bibliographiques des traités susdits.

Au contraire, je me suis efforcé de passer en revue le plus grand nombre possible des ouvrages de détail paras après les Histoires générales, et, pour ceux-là, j'ai joint à chacun de mes chapitres une liste qui in- diquera ceux dont je me suis servi. J'espère ainsi n*avoir oublié aucun de ceux envers qui j'avais des dettes.

D'ailleurs, j*ai surtout demandé aux livres récents des extraits des documents originaux, auxquels je ne pouvais évidemment, pour la plus grande partie de cette histoire de 1000 ans, songer à remonter. Un mot pourtant sur ce dernier point.

En ce qui concerne les monuments historiques, je ne me suis arrêté^ pour leur consacrer quelques mots, qu'à ceux que j avais vus moi-même. U n'y a donc rien que de purement subjectif dans le choix que j'en ai fait. Je crois pourtant n'avoir omis de cette manière aucun de ceux qui sont de première importance pour l'hisloire de l'art et de la civilisation.

Quant aux documents écrits contemporains des faits (pièces d'archives, mémoires, etc.), je les ai utilisés en général tels qu'ils sont donnés :

Pour la période antérieure à 1610, dans VHistoire de France racontée par les contemporains^ collection Lu- chaire et B. Zeller; néanmoins, pour les auteurs dont il a paru, depuis la publication de cette collection, une édition nouvelle (par exemple Commynes), c'est à elle que j'ai eu recours;

Pour le XVII® et le xviii® siècle, dans ï Histoire de

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VIII AVBRTISSEIfENT BIBLIOGRAPHIQUE

France de Ranke en particulier, qui donne beaucoup d'extraits en note.

Pour la période plus moderne, les livres j*ai puisé mes citations sont trop abondants et trop divers pour que je puisse les indiquer autrement que dans chaque cas particulier : il faudrait faire entrer en ligne de compte ici, non seulement les livres, mais encore les articles de périodiques.

J ai donné une importance particulière, parmi ces documents écrits, à ceux qui avaient une valeur litté- raire reconnue et consacrée par le temps. C'est inten- tionnellement que j'ai cité souvent des morceaux qui sont dans toutes les anthologies, voire dans toutes les mémoires. C'était la meilleure façon de compenser la place forcément très restreinte que je faisais à l'histoire littéraire proprement dite ^

J'ai multiplié d'ailleurs toutes ces citations pour illustrer mon récit, et non pour Sûre illusion sur le caractère d'un ouvrage qui ne saurait être, cela va sans dire, qu'un travail de troisième ou de quatrième main.

1. Pour les littératures étrangères, je me suis servi surtout du livre de M. Rod, Moreeaax ehoiâis des littératureM étrangère» (pour Nietische, de la traduction Albert). Je n'ai contrôlé par moi-même que les traductions de Tallemand.

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ESQUISSE

D'UNE HISTOIRE DE FRANCE

LIVRE PREMIER

LES ORIGINES DE LA FRANGE

CHAPITRE PREMIER

L'EUROPE CATHOLIQUE (1095)

Nécessité de définir TEarope pf r ses antécédents.

I. L'HELLiNisMB.— Origines orientales, origines nationales. Les guerres

médiques (480 av. J.-G.). Athènes. n. Rome. » Migrations celtiques (t 387 av. J.-G.}- La Macédoine,

Cartbage et Rome : Tictoire de Rome (168 av. J.-C). L'Empire

romain.

III. L'Égusb. Les prophètes, Jésus-Christ, le concile de Nicée (SS5). Les invasions barbares. rÉglise et Byzance (527-565). —La papauté et les Francs (800). Le Saint-Empire romain germanique (962). La théocratie (1077).

IV. La Cboisaob. Première croisade (1095-9), la déviation de 1204. -- Maures et Tatares. Influence de la civilisation musulmane en Eu- rope, influence byzantine.

V. L'EuaoFB FÉo»ALB wt l'État*

La France, que noas sommes si naturellement portés à considérer maintenant comme un monde fermé, fait néan- moins partie d'un ensemble plus grand, dont la notion a été peu à peu obscurcie dans nos esprits, mais dont la solida- rité s'impose encore à nous sous plus d'un rapport. La

BSQUBSB mST. OB FRAMCZ. 1

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2 L EUROPE CATHOUQUE

France est un des États formés au sein de la collectivité qu'on appelait au moyen âge « la République chrétienne », que nous appellerions plus exactement « la monarchie catholique », et qui est devenue l'Europe.

La première tâche qui s'impose à l'historien de la France est donc la définition d'un être historique vaste et complexe. Le seul moyen d'y parvenir est de passer en revue rapide- ment les antécédents qui ont préparé la formation et déter- miné le caractère de l'Europe, qui l'ont différenciée peu à peu du reste de l'espèce humaine . Ces antécédents sont, dans Tordre chronologique : l'hellénisme, l'Empire romain, le christianisme, et, parallèlement, le long mouvement des migrations indo-européennes. Nous allons tâcher de fixer en quelques mots Tenchaînement de ces grands faits, dont l'aboutissement final devait être la théocratie européenne du XI® siècle.

I L'hellénisme.

Si Ton voulait remonter jusqu'aux origines premières de riiellénisme, il faudrait se reporter dans l'Orient méditerra- néen tel que nous commençons à l'entrevoir bien avant le deuxième millénaire a vantJ -C. Nous y constatons l'existence de deux civilisations principales, celle de TÉgypte et celle de la Chaldée, civilisations qui ont pu avoir de bonne heure Tune avec l'autre certains contacts, mais qui apparaissent bien distinctes, autochthones Tune et l'autre, ayant pris forme aux lieux mêmes nous les voyons se développer historiquement, l'une sur le bas Nil, l'autre sur le cours infé- rieur du Tigre et de l'Euphrate. Des influences égyptiennes et chaldéennes se sont fait sentir, plus ou moins directes, plus ou moins profondes, mais toujours très nettes, à l'ori- gine de toutes les autres civilisations méditerranéennes. Quant aux civilisations analogues à celles-là, qui sont nées

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ORIGINES GRECQUES 3

en dehors du domaine méditerranéen, elles sont sans intérêt pour l'histoire future de l'Europe.

Il est un point surtout les érudits modernes se sont efforcés et avec succès de retrouver les traces les plus anciennes des vieilles civilisations orientales : je veux parler des rives de l'Archipel (la Crète, Troie, Mycènes). On com- mence à entrevoir nettement aujourd'hui lexistence très antique (puisque le milieu du deuxième millénaire avant J.-C. est déjà une époque de décadence), et le développe- ment prolongé, d*nne civilisation à laquelle nous garderons le nom usuel de mycénienne» Elle contient sans aucun doute de nombreux éléments égyptiens et chaldéens, apportés par un commerce maritime auquel les Phéniciens prenaient une part prépondérante. Mais, d'autre part, les populations riveraines de l'Archipel ont su s'assimiler ces éléments et en tirer une culture parfaitement originale, ayant un carac- tère « européen » très marqué et rappelant, par moments, même les vestiges informes qu'ont laissés les premiers habi- tants de la France. Cette civilisation a sombré dans les bouleversements ethniques qui suivirent, mais non sans laisser des souvenirs et des legs qui rendent plus facile à comprendre ce que Renan appelait « le miracle grec ».

Le mouvement qui portait d'Orient en Occident les premiers germes de notre civilisation se croisait avec un mouvement d'ordre différent, qui portait du nord-est au sud-ouest les populations de souche aryenne ou indo- européenne. Parmi les populations qui descendirent aux rives de la mer Egée, on distingue deux groupes prin- cipaux, correspondant sans doute à deux courants de migration successifs. L'un se trouve assis à Tépoque his- torique dans les îles et sur les deux rives de l'Archipel : ce sont les Ioniens, L'autre est fixé surtout dans le Pélo- pooése, la Crète et jusqu'à l'angle sud-ouest de l'Asie- Mîoeure : ce sont les Doriens. Ces tribus parlaient des dialectes divers, mais assez voisins pourtant pour qu'une langue littéraire commune en pût sortir : elle naquit sur la cote d'Asie-Minenre avec les grands poèmes épiques,

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4 L EUROPE CATHOLIQUE

Iliade et Odyssée^ et se répandit de dans tous les pays qu'elle fit grecs. Dès le vii« siècle, l'unité et l'originalité de la civilisation hellénique sont visibles, et, sous la direction per- sistante des hommes de Tlonie, elles s'affirment rapidement dansledomainepolitique comme dans le domaineintellectuel.

Certains faits politiques survenus en Orient, par exemple l'éclipsé de la puissance maritime des Phéniciens au vue siècle, avaient favorisé l'établissement des Grecs sur toutes les rives de la Méditerranée, dans la péninsule italique et jusqu'aux bouches du Rhône. Au milieu du VI* siècle, de fortes réactions se produisent: en Orient, la monarchie perse se constitue; en Occident, c'est la domination maritime des Carthaginois et des Étrusques. L'ennemi pénétra un moment jusqu*au cœur du domaine hellénique ; mais on sait que, parmi les nombreux États grecs, il s'en trouva d'assez forts pour briser l'attaque : Sparte d'abord, puis Athènes et Syracuse. Les triomphes militaires de Tan 480 ont certainement eu leur impor- tance, même au point de vue du développement interne de rhellénisme. Cependant, dans l'art, dans la science, la prééminence de la race grecque s'était affirmée avant ces événements, et s'est maintenue ensuite sans relation bien visible avec eux. Ce qu'on peut dire, c'est que les autres peuples méditerranéens eussent été moins facilement acces- sibles à la pénétration de l'hellénisme, si, pendant trois cents ans, sa supériorité intellectuelle ne leur fût apparue jointe à la supériorité militaire et politique des principaux États grecs.

Parmi ces États, un seul se trouva un moment en situation de réunir des cités si nombreuses et si dissémi- nées, et de construire l'édifice politique à l'abri duquel la civilisation nationale aurait pu se développer librement. Athènes, au v' siècle, vit sa flotte régner sans rivale depuis la mer Noire jusqu'au golfe de Naples. Mais Sparte, qui depuis cent ans déjà dominait sur le continent grec, Syra- cuse, à qui ses tyrans avaient laissé la première place en Occident, firent avorter cet essai d'empire athénien. Comme

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ATHÈNES 5

d'ailleurs ni 1 une ni l'autre n'étaient de taille ou d'humeur à reprendre la tentative faite par Athènes, le morcellement politique du monde grec devint irrémédiable au moment même rhellénisme commençait à s'imposer dans tous les pays méditerranéens.

Mais la brève hégémonie d'Athènes avait eu des résultats qui subsistèrent après la catastrophe politique : elle avait fait de cette ville le centre de la civilisation grecque. Un de ses publicistes avait le droit d'écrire : « Notre ville a dis- lancé de si loin les autres en tout ce qui regarde la pensée et la parole» que ceux qui y sont disciples passent pour des maitres ailleurs. Grâce à elle, le nom de Grec s'attache non plus à une race, mais à une civilisation : on appellera Grec un étranger qui a participé à l'éducation athénienne, bien plutôt que tel autre qui pourtant sera Grec par la naissance. » U n'a pas été indifférent que l'hellénisme trouvât ainsi un centre d'attraction vigoureux, une école reconnue de tous, au moment où, rayonnant à l'Orient comme à l'Occident, il risquait de perdre en force de cohésion ce qu'il gagnait en étendue superficielle.

Quoi qu*il en soit, c'est entre 700 et 400 que se place leffort créateur eflBcace de la race grecque : au iv*" siècle déjà, le capital qu'elle léguera à ses successeurs est cons- titué dans l'ensemble, le cadre de la civilisation future est dessiné. Alexandrie, Rome, Constantinople, n'ajouteront guère que des détails, elles auront surtout à classer et à conserver : il est vrai que la manière dont elles s'acquit- teront de cette tâche aura des conséquences importantes pour ceux qui recevront d'elles le dépôt sacré, les Arabes d'abord, puis les Européens.

II Rome.

Parallèlement au travail qui s'accomplissait ainsi sur les rives de la Méditerranée, se poursuivait le vaste

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6 l'europe catholique

mouvement de migrations dont la race grecque était jadis issue. Les Italiens étaient déjà établis dans la péninsule de l'Apennin lorsque les Hellènes y arrivèrent au vu® siècle. Les Celtes, installés dans la région germanique, s'étaient avancés jusqu^aux bords de TOcéan (France, Angleterre, Espagne) dès le temps d'Hérodote (v* siècle). Puis, ils refluèrent sur les Alpes et le Danube vers 400 avant J.-C, montrant aux plus clairvoyants des Grecs quel danger permanent recelait le monde mouvant de la bar- barie. Ils prirent Rome vers 387, et leurs invasions dans l'Italie centrale et méridionale ne cessèrent que vers 346 : c'est dans ces luttes que la capitfile du pays latin commença à apparaître comme le boulevard même de la civilisation (un écrivain du iv® siècle la qualifia, à cette occasion, de « ville grecque ».) Plus à l'est, on devine la pression celtique derrière les invasions répétées qui trempaient Ténergie militaire delà Macédoine et préparaient les soldats de Philippe, d'Alexandre et de leurs successeurs : c'est pourtant en 279 seulement que les Celtes s'avanceront jusqu'à Delphes, mais ensuite ils pénétreront jusqu'en Asie- Mineure (création de la Galatie). En présence du morcel- lement toujours croissant du monde grec, la question capi- tale était de savoir si, parmi les peuples déjà plus ou moins hellénisés, il se rencontrerait une force capable de faire reculer le péril barbare sans cesse renouvelé.

Il s'éleva, sur les ruines politiques du monde grec, trois peuples puissants : l'un d origine hellénique, mais resté longtemps étranger au mouvement de la civilisation grec- que, et ayant conservé sa monarchie héréditaire, les Macédoniens ; les deux autres, au contraire, de race bar- bare, mais ayant emprunté l'un et l'autre bien des traits à l'hellénisme, tout d'abord les éléments de leur constitution politique, Carthage et Rome. Les Macédoniens, conduits par Alexandre, renversèrent Tempire perse (330) et fondèrent dans rOrient trois monarchies solides, celles d'Egypte, de Syrie, de Macédoine : des germes de civilisation grecque furent répandus jusque dans le Turkestan et dans l'Inde.

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CONQUÊTE ROMAINE 7

i l'Occident, les puissances proprement grecqaes résis- tèrent pins longtemps, grâce à une série d'aventuriers remarquables, Denys» Agathocle, Pyrrhus : mais ceux-ci ne parent empêcher Carthage d'affermir sans cesse son empire maritime, pendant qn'en face d'elle se constituait iempire italien de Rome.

La période qui va de 264 à 168 fut remplie par les conflits des trois nouvelles puissances. Rome, dans une ^mière guerre, enleva l'empire de la mer à Carthage et i^mença à prendre pied d'une façon menaçante dans le ifisin oriental de la Méditerranée. Aussi, quand se re- nouvela la guerre « punique », la Macédoine fit-elle cause commune avec Carthage. Rome, après sa victoire définitive 3iT les Carthaginois S fut donc amenée à combattre la Macédoine ' ; puis, les amitiés nouées à cette occasion ^Qs rOrient la mirent en conflit avec la Syrie ^. Quand le dernier roi de Macédoine eut succombé ^, quand la parole d'un ambassadeur romain eut arrêté le roi de Syrie dans la conquête de l'Egypte ', rien ne résista plus «Q Orient. Rome resta la seu>e force militaire et politique du monde « hellénistique ».

n sembla quelque temps qu'elle n'eût plus qu'à exploiter,

dans l'intérêt de ses citoyens, le capital de richesse et de

civilisation accumulé sur les bords de la Méditerranée.

Mais elle fut bientôt entraînée par la force des choses à

assamer le rôle des puissances qu'elle avait abattues, et

à défendre les frontières du monde civilisé contre les

l>arbares de l'Est et du Nord. A TOrient, Tlran avait

RtroQvé sa vitalité lors de l'affaiblissement de la monarchie

?rienne : les Romains se heurtèrent aux rois de Pont et

d'Arménie (88-63) et fixèrent l'Euphrate comme borne aux

progrès des Parthes. Au nord, derrière les Celtes assagis,

1- Le Métaare, 207; Zama, 202.

2.Cyiiogcéphales,197.

3. Magnéiie, 190.

*. Pydna, 168.

^- Cercle de PopUîas Laeaas, 168.

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8 l'burope catholique

étaient apparus les Germains (Tentons etCimbres, 113-101). Contre eux, César conquit la frontière du Rhin (50), et son fils adoptif Octave celle du Danube (vers 9 avant J.-C) ; un moment même, l'Elbe sembla devoir être la frontière de l'empire.

Pour faire face à une si lourde tâche, l'État romain avait transformer la milice nationale, par laquelle il avait triomphé de ses rivaux hellénisés : Marins avait enrôlé les prolétaires en 107. Dès lors, le gouvernement de l'aris- tocratie ne se maintint plus très longtemps : César lui porta des coups mortels (49-44), et Auguste organisa la nouvelle monarchie militaire (30 avant J.-C.-14 après). Le monde méditerranéen dut à cette monarchie une longue ère de paix et de prospérité matérielle, et l'organisation du droit positif.

Il est malaisé de mesurer le service rendu par les Ro- mains comme conservateurs de la civilisation hellénique, puisque, d'une part, des parties entières de cette civilisa- tion ne nous sont connues précisément que par leur inter- médiaire, et que, d'autre part, nous ne pouvons savoir quelle eût été la faculté d'assimilation des Celtes, par exemple, ou des Germains. Mais le fait seul que tous les pays hellénisés aient été réunis longtemps en un seul État a eu déjà d'importantes conséquences. C*est en s^appuyant sur les souvenirs et les regrets laissés par l'Empire romain que rÉglise catholique a mené à bien le travail civilisateur que nous allons résumer. Et Timage de cette époque de demi-culture, très régressive déjà pour qui sait apprécier la grande époque grecque, mais empreinte d'une langueur et d'un charme narcotique dont les écrits stoïciens (M. Aurèle) ont conservé le souvenir, celte image a exercé une attirance puissante jusqu'au temps des grands États européens, jusqu'au temps de Gibbon, on peut même dire jusqu'à nos jours.

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ORIGINES CHRénSNNBS 9

m

LÉgUse.

Poar atteindre les origines premières du christianisme, il faudrait remonter jusqu'au début de l'histoire d'une tribu sémitique, les Israélites. Nous nous contenterons de rappeler que les traditions religieuses particulières à cette tribu prirent un caractère absolument unique par le fait d'une série d'hommes qui vécurent du viii* au Yi* siècle : les prophètes. Les conceptions et les prescrip- tions de ces hommes, codifiées par les docteurs des com- munautés de Babylone et de Jérusalem, formèrent dès le temps de l'empire perse le lien précis et solide qui unissait tous les Juifs. A Tépoque macédonienne, les Juifs essai- mèrent à Alexandrie et dans toutes les grandes villes du monde hellénisé. Mais Jérusalem resta le centre reconnu de tous, et la profanation du temple par les Syriens (167) amena une révolte et la reconstitution d'un État juif na- tional. C'est dans cet État que parut Jésus-Christ (crucifié vers 33).

L'impression profonde produite par la vie et par ren- seignement du Christ sur un petit groupe de Juifs fut communiquée par les disciples et par saint Paul aux prin- cipales communautés juives de l'Empire romain, et même à quelques « gentils» (vers 60 après J.-C). Mais c'est seulement quand des révoltes répétées contre les Romains (70, 133) eurent amené l'anéantissement de l'État juif et l'affaiblissement général de l'autorité juive, que le chris- tianisme put se développer comme religion à part reli- gion qui, dès le n^ siècle, se répandait uniquement parmi les païens. L'autorité romaine avait toujours vu avec mé- fiance les réunions mystérieuses des chrétiens : le commen- cement des irruptions barbares au ni« siècle la rendit plus hostile encore à la propagande chrétienne, accusée de saper le patriotisme romain. Mais les chrétiens formaient déjà

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10 l'europe catholique

une part trop importante de la population pour pouvoir être extirpés : Constantin préféra s'appuyer sur eux pour ras- sembler l'Empire démembré, et, pour la première fois, il réunit à la qualité de chef de l'Empire celle de chef de la communauté chrétienne (concile de Nicée, 325). Après la. réaction momentanée du règne de Julien, lempereur ap— parut décidément comme le protecteur auguste de l'as- semblée des évêques, à partir du règne de Théodose (378- 395).

Avant ringérence du pouvoir civil, l'autorité suprême dans rÉglise était celle du siège romain (Paul de Samosate). Mais à mesure que les fidèles étaient devenus plus nom- breux, la hiérarchie s'était faite plus compliquée : peu à peu la communauté chrétienne avait été représentée pratique- ment par les chefs des églises locales, les èvêques. Au iv^ siècle, Tautorité réelle dans TÉglise fut dévolue à la majorité de la réunion plénière des évêques, et ceux qui ne se soumettaient pas à ces conciles œcuméniques étaient réputés hérétiques (par exemple, les partisans d'Arius, qui contestaient la divinité du Christ). Les conciles allaient maintenir théoriquement l'unité entre les populations restées soumises à l'Empire et celles qui tombèrent aux mains des rois barbares, et définir pour tous l'orthodoxie chré- tienne ^ Mais peu à peu, la substitution de nombreux États barbares à l'unité romaine, en multipliant les obstacles matériels qui entravaient la tenue solennelle de ces assises de la catholicité, laissa sans rivale, au moins en Occident, Tautorité de Tévêque de Rome, du Pape ' .

Nous avons fait allusion déjà aux invasions qui, long- temps contenues par la force romaine, avaient repris leur cours au siècle et se déchaînèrent sur les pays romains au V*. C'était la suite de ce mouvement de migrations aryennes d'où étaient issus les Grecs, puis les Italiens, puis les Celtes, et d'où sortaient maintenant les Germains.

1. Duchesne, HisL anc, de VÉgliu, t. II, p. 6M-1, et t. III, pa$$im.

2. Id. ihid, t. III, p. 667, etc.

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LES BARBARES 11

Dès le III* siècle, les Goths étaient descendus jusqu'aux rives de la Méditerranée, puis avaient fondé dans les steppes russes un État assez stable. Mais les Aryens eux- mêmes étaient constamment talonnés par les nomades d*Asie : les Huns détruisirent l'empire goth vers 375, et dominèrent quelque temps depuis les frontières de la Chine jusqu'au Rhin. Sous cette pression formidable, di- verses peuplades germaniques s'échappèrent vers les pays romains. Les Visigoths passèrent de Grèce en Italie, puis d'Italie en Espagne. Les Vandales conquirent l'Afrique. Les Hérules gouvernèrent Tltalie, jusqu'au moment les Ostrogoths les remplacèrent : le roi ostrogoth Théodoric, vers ÔOO, domina un instant tous les États barbares d'Occi- dent. Les populations gallo-romaines, représentées par leurs évêqnes, ne furent pas systématiquement hostiles aux nouveaux maîtres ; mais la plupart de ceux-ci avaient été convertis par des ariens, ce qui finit par leur aliéner leurs sujets orthodoxes. Seuls, les Francs, qui, avec Clovis (481- 511), avaient conquis la Gaule, ainsi que les Anglo-Saxons de Bretagne, étaient restés païens, et leur conversion par des catholiques fut, comme nous verrons, un fait de grande conséquence.

L'opposition aux rois ariens en Occident a rendu pos- sible la tentative de restauration de l'unité romaine que fit l'empereur Justinien (527-565). Il reprit pour longtemps l'Afrique, pour un instant l'Italie et une province d'Es- pagne. Mais l'empereur byzantin avait à faire face aussi, à rOrient, contre les Slaves, qui déjà suivaient les Germains, et contre les Perses. Puis, l'élan religieux et militaire imprimé aux Arabes par Mahomet ' eut pour effet la constitution d'un empire qui menaça bientôt Constantinople même. L'empereur byzantin cessa d'apparaître à l'Église comme un appui solide : bientôt, par son ingérence cons- tante dans les querelles théologiques, il ne fut plus pour elle qu'un embarras.

1. H^ire (faite de Mahomet] en 622: ère musnlinane.

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12 l'europb cathouqub

Trois grands faits ont achevé de changer complètement Tattitude de l'Église en Occident :

Le pape, qui n'avait joui longtemps que d*un droit de préséance théorique et rarement exercé, commença vers 600 (pontificat de Grégoire le Grand) à ressaisir le pouvoir réel. Il conserva quelque temps encore sa situation subordonnée vis-à-vis de Théritier de Constantin : enfin la querelle des iconoclastes (vers 728) rompît les derniers liens.

2^ Le pape avait maintenant toute une clientèle parmi les États barbares d'Occident, Lombards d'Italie, Visi- sorgoths d'Espagne, Francs et Anglo-Saxons. L'Angleterre devint même, au vii* siècle, un vaste séminaire d'où devait sortir, au siècle suivant, Tapôtre de la Germanie, Boniface.

3^ Parmi ces États, il en était un auquel sa position géo- graphique donnait une importance spéciale : celui des Francs. Déjà, avec Clovis, ils avaient arrêté la poussée germanique sur le Rhin. Un descendant de Clovis, Dago- bert, régnait à la fois sur la Gaule et sur la Germanie. Quand une dynastie nouvelle eut remplacé les Mérovingiens, les Francs arrêtèrent les Arabes à TOccident *, et, à l'Orient; protégèrent les missionnaires de la Germanie.

L'aboutissement naturel de tous ces faits fut l'alliance que le pape, en querelle spirituelle avec Constantinople, en querelle temporelle avec les Lombards, conclut avec le nouveau roi des Francs Pépin le Bref (752-768). Quand Charlemagne eut continué dans la voie tracée par ses aïeux avec plus d'éclat encore et de succès, le pape fit le pas déci- sif en rétablissant en faveur de ce Germain la dignité d'em- pereur (25 décembre 800).

D'après la conception de TÉglise, la première mission de l'empereur, romain ou franc, était de défendre les marches chrétiennes contre les païens, toujours pressants à Test. Or, l'empereur franc se montra bientôt inférieur à sa tâche. L*arrière-ban de la Germanie, les Scandinaves, s'était mis en mouvement vers l'Europe occidentale comme vers la Russie.

1. Bataille de Poitiers, 732.

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E^EMPERBUR ET LE PAPE 18

Un nouveau peuple asiatique» les Hongrois, s*avançait de- puis les steppes sibériennes jusqu'en Bourgogne. La nullité de la résistance fut telle, un moment, que les papes renon- cèrent à couronner d'inutiles Césars.

Cependant, une famille saxonne avait constitué, pour résister aux Hongrois, une monarchie solide en Allemagne. Le pape conféra à un membre de cette famille, Otton I, la dignité impériale (962). De nouveau, les frontières chré- tiennes furent défendues et reculées. Mais, les conqué- rants allemands étaient gagnés de vitesse par les apôtres envoyés de Rome et de Byzance, qui travaillaient encore sans trop de heurts à l'œuvre commune. Finalement, les Varègues installés en Russie entrèrent eux-mêmes dans la communion chrétienne au début du xi« siècle. C'était la fin d'un mouvement de migrations qui avait duré trois millé- naires au moins : les invasions qui devaient encore passer par cette porte de l'Europe orientale (celle des Tatares en particulier) prendront désormais un caractère nouveau, celui de lutte religieuse.

Ainsi le besoin de défense extérieure avait cessé de se faire sentir, et les besoins d'ordre, de réforme intérieure, passaient au premier plan ; c'est à ce moment que le moine Hildebrand parvint au trône pontifical (1073). Le premier, il indiqua, par un acte éclatant, que l'empereur devait céder le pas au Pape ^ Le premier, il saisit avec décision le goavemement effectif de la chrétienté. La théocratie était dès lors fondée avec ses traits principaux : suprématie du pontife romain, séparation du clergé officiant et administrant et des grands ordres monastiques, obligation du célibat établissant une barrière entre les clercs et les fidèles ; les Byzantins et ceux de leurs clients qui n'acceptèrent pas ce régime se trouvèrent pour longtemps mis en dehors de l'Europe (les Russes par exemple).

L'Église était restée, dans la débâcle romaine, le seul corps organisé qui maintînt l'harmonie de la grande civi-

1. HamiliatioB de Henri IV à Gaaossa, 1077.

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14 l'europe catholique

lisation méditerranéenne. Elle avait pu transmettre aux Barbares des idées d*unité et d'ordre^ et chercher parmi eux un Empereur plus fort que celui de Constantinople. Maintenant, elle rejetait cette tutelle et procédait en même temps à une concentration de l'autorité spirituelle, com- pensée par une amputation qui d'ailleurs ne fut pas absolue. Elle allait donner aux peuples enfin assis en Europe la dis- cipline nécessaire pour préparer l'effort intellectuel général qui aboutit à la Renaissance. Elle allait couvrir l'Europe d'une parure variée d'églises qui fut la première manifesta- tion de l'art occidental. Elle allait constituer les écoles la pensée latine recommença à s'exercer. Enfin, en elle et par elle, l'Europe, à dater duxi* siècle, fut une personne.

La croisade.

Tels sont les grands événements qui ont préparé l'unité européenne : la jeune Europe apparut pour la première fois dans un raccourci saisissant, et agit en commun, lors de la première croisade (1095-9).

Nous avons parlé de l'invasion arabe : elle avait abouti à la constitution d'un empire allant des Pyrénées à l'Indus (viii® siècle), mais qui n'avait pas tardé à se démembrer. Dès le XI® siècle, d'ailleurs, une race plus jeune avait acquis, dans la partie orientale du monde musulman, la prépondé- rance : les Turcs avaient fondé des dynasties jusquVn Asie-Mineure. Leur entrée à Jérusalem fut Toccasion, pour le pape Urbain II, de concentrer sur ce point les passions, les énergies et les convoitises de l'Europe (1095) ^ Une foule énorme s'ébranla vers toutes les avenues qui condui- saient à Constantinople, et, traversant en deux ans et demi

1. Paulot, Urbain JJ. 1903«

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LA CROISADE 15

TAsie-Mineure et la Syrie, parvint à délivrer le lieu de la passion du Christ (1099). Des États chrétiens furent créés, qoi eurent peine à se maintenir au milieu des révolutions de rOrient, mais furent soutenus à diverses reprises par l'émi- gration européenne : le royaume de Jérusalem dura jus- qu'en 1187, les derniers États « francs » de Palestine ne devaient succomber qu'en 1291.

Le malheur fut que, dès le début, Byzance tendit à faire dévier le courant de la croisade. La séparation religieuse des Occidentaux et des Grecs engendrait une antipathie sans cesse croissante '. La république commerçante de Venise, dont les principaux intérêts étaient engagés de ce côté» cherchait à mettre dans des mains sûres ce qui restait de l'empire romain. Elle réussit en 1204 : Constan- tinople fut prise par les Francs, et les États fondés par eux subsistèrent en partie, même après qu'une dynastie grecque fut rentrée dans la capitale. Ces événements affaiblissaient d'autant la force de résistance de l'empire contre les Turcs.

Il ne faut pas oublier, en appréciant le résultat des croi- sades, quelles énormes forces nomades tenait en réserve le cercle de déserts et de steppes qui s'étend au sud et à Test de la Méditerranée : or, toutes ces forces étaient vouées à subir Tascendant religieux de l'islam. A l'époque même de l'offensive chrétienne, deux poussées nouvelles se produisaient à l'Occident et à l'Orient :

A l'Occident, le khalifat arabe d'Espagne reculait de- vant les royaumes chrétiens, lorsque des profondeurs de l'Afrique arrivèrent à l'aide les Almoravides ^. Puis, les Âlmohades les relayèrent, et ne furent arrêtés qu'à Las Navas de Tolosa (1212). Le royaume maure de Grenade se maintint jusqu'au xv^ siècle.

2^ A l'Orient, la porte de Dzoungarie, qui avait déjà livré passage aux Turcs, livra passage encore aux Tatares à la

1. Chalandon, Alexis Comnêtie, 1005.

2. Zdaeea (1086).

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16 l'europe catholique

fin du XII® siècle : Gengiskhan régna sur la pins grande partie de TAsie, et, peu après sa morl, ses guerriers arrivèrent jusqu*en Silésie *. Or, le grand Khan devint musulman dès la fin du xiii® siècle. Ses vassaux de la Horde d!Or res- tèrent les vrais maîtres de la Russie, jusqu'au moment Tamerlan porta des coups funestes à tous les royaumes mongols dissidents.

Ces attaques ne portaient que sur les extrémités de l'Eu- rope : à partir de 1326, celle des Turcs ottomans en menaça le cœur.

Le contact établi par la croisade avec les musulmans civilisés fut plus important peut-être encore que l'arrêt momentané imposé aux races nomades. Les Arabes avaient trouvé chez les Byzantins et chez les Perses des germes de culture dont ils tirèrent brillamment parti aux ix® et x^ siècles. Au temps des croisades, les vrais foyers de la civilisation étaient Bagdad, le Caire, Samarkande, Grenade. C'est au xiv"" siècle seulement que Tislam produisit son plus grand historien, Ibn-Khaldoun. Or, les croisades multiplièrent des communications qui déjà, quand elles étaient bornées à l'Espagne et à la Sicile, avaient été extrêmement impor- tantes *. Les Universités du xiii^ siècle connurent par les Arabes les principaux encyclopédistes qui avaient résumé Tefiort de l'hellénisme, Aristote, Ptolémée. Enfin c'est par les Arabes que les pltis notables inventions techniques, boussole, poudre à canon, papier, parvinrent aux rives européennes de la Méditerranée : l'imprimerie seule fut une invention nettement européenne.

Non moins fécond fut le contact plus intime établi avec Byzance, qui, sans manifester une activité créatrice ana- logue à celle de ses élèves musulmans, soutenait son rôle de conservateur sous la dynastie des Comnènes. C'est

1. Liegnitz (1242).

2. Cf. Renan, Auerroès et VauerroUme, Glialandon» Hùtoirê deU domi- nation normande,' „t 190S.

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INFLUENCSES d'oRIENT 17

par qae les trésors de l'antiquité furent rendus aux Italiens. Dès le xiv® siècle, un homme comme le Toscan Pétrarque, au moins par son vif sentiment de la grandeur de la civilisation païenne, est « un homme moderne ». Et la même tendance commence à poindre en France au temps de Charles V (1364-80), en Allemagne au xv^ siècle. C'est en s^nspirant des œuvres artistiques et scienti- fiques conservées par Constantinople que l'Europe latine est entrée dans la voie de la Renaissance : dès la fin du XV* siècle, d'ailleurs, elle distancera ses maîtres avec le Polonais Kopernik.

En somme, en disant que l'Europe, lancée par TÉglise à la conquête de l'Orient, en a rapporté sa civilisation, on résumerait assez exactement le grand phénomène historique que nous venons de retracer.

A Tintérieur, le Pape s'était trouvé, au xi'^ siècle, à la tête d an mon<}e qui commençait à peine à s'asseoir : la période des invasions barbares venait de se terminer. On achevait seulement la première tâche qui s'impose à toute société capable de civilisation : on rattachait l'homme à la terre, on réglait les conditions de la propriété foncière, et sur cette base unique se reconstituait cette hiérarchie aussi simple, dans le principe que variée dans les détails, que nous dési- gnons sous le nom vague de féodalité. Immédiatement au- dessoas du Pape, presque à son niveau, l'Empereur repré- sentait une autorité théoriquement universelle, mais plus vénérée qu*obéie. Les rois mêmes avaient des prétentions étendues plutôt qu'un pouvoir réel. Les ducs, comtes, etc., plus petits par l'étendue des* domaines, étaient générale- ment plus forts dans ces domaines mêmes. Les « communes» de vilains commençaient seulement à se constituer çà et

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18 l'europe catholique

là^ En somme, rindividu n'était guère tenu effectivement qae par la discipline de l'Église.

C'est dans ce monde que s'est reformée peu à peu l'idée antique de l'État : dès le xii« siècle, elle trouvait dans les juristes de Bologne des théoriciens et des publicistes atti- trés. A partir de ce moment, elle tendit constamment à se réaliser, mais et c'est peut-être le fait dominant de l'évolution européenne <- en s*attachant, non pas à une au- torité unique, mais bien à des forces régionales.

L'Empereur fut toujours arrêté par la nature vague de son pouvoir, qui le mit en conflit permanent avec la Pa- pauté. En Allemagne même, ce fut par les princes subal- ternes que se reconstitua l'État (Saxe, Autriche, Prusse, etc.)* En Italie, il se reconstitua par les communes, qui devinrent de puissantes républiques.

Dans le reste de l'Europe, l'État a été recréé, en règle générale, par la royauté. C'est ce fait que nous avons à étu- dier maintenant pour le pays qui nous intéresse particu- lièrement : la France.

1. Cf. Pirenne, La anciennes dimoeratiei des Pays-Bas, 1910.

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CHAPITRE II

LE ROYAUME DE FRANCE (987-1180)

I. Le pats bt la racb. La région française. La race celtique.

If. La Frakcib occidbmtalb et la névoLUTioN de 987. Marseille. La coDqnéte romaine. L*ÉgUse des Gaules. Les rois mérovin- giens. — L'empire carolingien et la Francie occidentale. Le mor- cellement féodal. L'empire allemand et la révolution de 987 : le début des Capétiens. La civilisation en France jusqu'au zii' siècle.

Hl. LoOTS VI <